12 cabins, 12 vacancies: les suites de Psycho

By leobloom
     Les suites ont la plupart du temps bien mauvaise réputation. A priori, on les suppose inutiles, moins bien réalisées, fades, bref, bâclées. Quelques-unes ont réussi à tirer leur épingle du jeu (pensons à Aliens ou encore à L’Empire contre-attaque, suite encensée s’il en est une), mais une grande majorité d’entre elles ne firent que décevoir les cinéphiles et tacher le long métrage original. Quand on parle d’un classique comme le Psycho d’Alfred Hitchcock, on peut se demander où réside l’intérêt d’une suite, mais aussi qui est le profane qui a osé la réaliser. Ce film est un tel géant, réalisé par un tel génie, qu’on ne peut concevoir qu’une suite puisse être bénéfique. Que pourrait-on faire de Norman Bates, fou à lier et disparu dans les méandres de l’esprit de sa mère? Ces questions sont parfaitement légitimes. J’ai pendant longtemps discuté avec dédain et à travers mon chapeau des suites de Psycho et jeté des regards de dégoût sur les vieux VHS poussiéreux que possédait mon club vidéo, jusqu’à ce qu’un soir, poussé par l’ennui, la curiosité et le manque de fonds, j’en vienne à me louer une copie VHS de Psycho II. Ce fut une très agréable surprise.
Dans cette première suite, Norman Bates est libéré après vingt-deux années d’incarcération en institut psychiatrique. Jugé sain d’esprit, on lui permet de retourner vivre chez lui et de travailler dans un petit restaurant non loin de son motel. Lila Loomis (jouée de nouveau par Vera Miles), la sœur de Marion Crane, célèbre victime de la scène de la douche du premier film, s’oppose violemment à cette libération et fait tout en son possible pour convaincre les gens du danger que représente Norman. Lorsqu’une jeune fille dans le besoin emménage chez lui, les choses commencent à mal tourner. Des gens disparaissent, des objets changent mystérieusement de place et Norman reçoit de troublants appels de sa mère morte et enterrée…

Psycho II traite de la réinsertion difficile de Norman Bates en société ainsi que de son combat aliénant contre ses vieux démons intérieurs. Il aurait été si facile de tomber dans le réchauffé, mais le réalisateur Richard Franklin s’en est bien gardé. Le film ne reprend pas la formule de son prédécesseur en se contentant de faire figure de pâle copie. Il développe plus à fond le personnage de Norman Bates et est axé sur la continuité et non la répétition. En fait, l’intrigue ne tourne pas simplement autour des meurtres, mais davantage autour de la psychologie de Norman. Il est intéressant et surtout très important de mentionner que Hilton A. Green, le producteur du long métrage, était l’assistant-réalisateur d’Alfred Hitchcock pour le premier Psycho. Franklin, de son côté, a déjà rencontré le maître, a été visité le plateau de tournage d’un de ses films, sous son invitation, et lui voue un culte absolu. On n’a pas ici affaire à des profiteurs sans scrupules qui veulent capitaliser sur un classique, mais bien à des gens sérieux et expérimentés qui souhaitent à la fois lui rendre hommage et à la fois ajouter une extension pertinente au travail de Hitchcock.

Le résultat est une réussite. Bien que le scénario ne soit pas sans faille (la fin est quelque peu décevante), il nous plonge plus à fond dans l’esprit de Norman Bates et nous ouvre des portes qui demeuraient jusqu’à maintenant closes. Anthony Perkins est de retour dans le rôle qui l’a rendu célèbre et réussit brillamment à nous faire ressentir toute la tristesse et la solitude de Norman, ainsi que le pathétique désespérant de sa situation. Ce film a pour but de révéler toute la complexité du personnage principal, mais apporte également quelques réflexions intéressantes sur le retour à la liberté des criminels et sur les raisons de leur récidive. Si on la prend pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une continuité du scénario originale, plutôt que de la voir comme une compétitrice qui tente d’enterrer le premier film, cette suite est non seulement efficace, mais se révèle être assez pertinente.

Semble-t-il que Perkins ne pouvait se contenter de son rôle d’acteur, puisque qu’en 1986, trois ans après Psycho II, une deuxième suite voit le jour et cette fois-ci, Perkins comble le poste de réalisateur. Dans ce troisième volet, qui nous transporte deux mois après la fin du second, Norman Bates ouvre de nouveau son motel. Il engage comme assistant un jeune aspirant rockeur aux mœurs un peu douteuses. Puis, on commence à y être habitué, une jeune femme arrive au motel. Cette fois-ci, celle qui conquit le cœur de Bates se nomme Maureen Coyle et, en plus de partager les initiales de Marion Crane, elle se coiffe de la même façon, ce qui ne tarde pas à faire remonter les souvenirs enfouis du pauvre ermite.

Cette jeune none, qui vient de quitter le couvent avant ses vœux finaux, est sauvée par Norman lorsqu’elle s’ouvre les veines dans sa chambre du motel Bates. Elle ne tarde pas à emménager dans l’établissement pour reprendre des forces et une histoire d’amour se développe entre elle et l’étrange propriétaire, au grand dam de sa mère qui se relève à nouveau de sa chaise. Lorsqu’une bande de jeunes débauchés débarquent au motel pour fêter une grande partie de football, le sang se met de nouveau à couler et Tracy Venable, reporter acharnée en visite pour interviewer Norman, ne tarde pas à pousser plus avant son enquête…

Dans sa construction, Psycho III est le plus moderne de la trilogie. Son scénario rappelle celui d’un film d’horreur typique. Heureusement, Perkins, qui connaît le personnage de Bates probablement plus que quiconque, s’est assuré que son long métrage ne tombe pas trop à fond dans le giron des « slashers ». Si son histoire rappelle celle du premier film, la psychologie du tueur est toujours aussi passionnante et on creuse encore davantage le fond de sa pensée. Son amourette avec Maureen Coyle est tout à fait attendrissante. Perkins livre une prestation digne d’un Oscar, et je pèse mes mots. Par de simples regards, parfois par un seul soupir, il nous fait sentir toute la lourdeur de la solitude de son personnage, et les dialogues entre Maureen et lui contiennent quelques citations mémorables (Maureen: « You must think I’ve gone mad. » Norman : « Oh, no… no. We all go a little mad sometimes. »). Ne serait-ce que pour le jeu impressionnant de Perkins, cette suite vaut la peine d’être vue. Si au final elle tombe un peu à plat au niveau du scénario, l’émotion est fantastiquement véhiculée tout au long du film.

En tout et pour tout, les suites de Psycho apportent plus à l’original qu’ils ne lui enlèvent. Grâce à elles, on peut élucider les mystères de la psychologie de Norman Bates et comprendre davantage autant son rapport avec les femmes que son combat contre sa mère qui le pousse à commettre des atrocités bien malgré lui. Elles contiennent d’ailleurs plusieurs clins d’oeil au film de Hitchcock qui sauront faire sourire les cinéphiles plus attentifs. On ne se le cachera pas, aucune des suites n’arrive à la cheville du premier film, mais au moins, et c’est là le plus important, on nous épargne assurément le goût amer d’une totale déception. 

Post Scriptum : Une troisième suite, Psycho IV : The Beginning a été réalisée directement pour la télévision. On y voit Norman Bates qui raconte sa jeunesse dans le cadre d’une émission de radio sur les meurtriers. Elle est peu digne de mention et contient plusieurs détails qui s’opposent à ce qui a été dit dans les trois premiers films. Je vous recommande de ne pas la visionner.

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